La grossesse nerveuse ou pseudogestation : 60 % des chiennes en présentent régulièrement

Chien - 01/09/2020

Les enquêtes montrent qu’environ 87 % des chiennes non stérilisées développent une « grossesse nerveuse » (ou pseudogestation) au moins deux fois dans leur vie, plus de 60 % en présentent régulièrement et 7 % le font de manière occasionnelle.

 

Quels sont les signes d’une grossesse nerveuse chez une chienne ?

Les signes apparaissent entre 6 et 12 semaines après la fin des chaleurs. « Ma chienne vole les peluches des enfants pour les emporter dans son panier, elle fait un nid comme si elle attendait des chiots ses mamelles gonflent… ». Je suis pourtant sûr qu’elle n’a pas été saillie lors de ses dernières chaleurs ! » Ces modifications comportementales et physiologiques de la chienne ont en effet de quoi laisser perplexes les propriétaires des chiennes présentant une pseudogestation !

Une chienne très agitée

La chienne collecte des objets et les materne, elle est plus active que d’habitude, elle prépare un nid de mise-bas, elle gémit… Certaines chiennes deviennent nerveuses et agressives alors que d’autres ne s’intéressent à rien d’autre qu’à leur nid.

Suivant les cas, l’appétit de la chienne diminue ou au contraire augmente beaucoup.

Une montée de lait

Sur le plan physique, tout se passe exactement comme si la chienne attendait des chiots : ses mamelles augmentent de volume, elles sont congestionnées et un liquide blanchâtre (ou du lait) coule en quantité variable, suivant l’intensité du léchage qu’exerce la chienne dessus. On qualifie alors le phénomène de « lactation nerveuse ».

Chez certaines chiennes, l’abdomen est visiblement relâché et un écoulement peut aussi apparaître à la vulve.

 

Pourquoi ma chienne se comporte t-elle ainsi ?

Si vous remarquez ce comportement « maternel », la première question à se poser est évidemment : êtes-vous bien sûr que votre chienne n’attend pas des chiots ?! Il arrive en effet fréquemment qu’une chienne en chaleur échappe à la surveillance de son propriétaire et que la gestation ne soit remarquée que lorsque la date de la mise-bas approche.

Si ce n’est pas le cas, plusieurs raisons peuvent expliquer la grossesse nerveuse ou pseudogestation.

Un phénomène classique chez les canidés sauvages

Chez les loups (proches parents des chiens actuels), seuls les individus dominants se reproduisent mais les femelles de rang inférieur ont tendance à synchroniser leur cycle sexuel sur celui de la louve reproductrice. Ainsi, elles peuvent servir de mères nourricières aux louveteaux, même sans être fécondées. Ce comportement est donc utile à la vie de la meute et à l’élevage des louveteaux.

Une production prolongée de progestérone

Sur le plan hormonal, pendant les deux mois qui suivent les chaleurs, il y a très peu de différences entre une chienne gestante et une femelle non fécondée. Il n’existe pas de test hormonal pour différencier une pseudogestation d’une gestation réelle !

Les chiennes produisent toutes de la progestérone dans leurs ovaires, qui sert normalement au maintien de la gestation et qui stimule le développement mammaire. Même chez une chienne qui n’a pas été saillie, le taux de progestérone sanguin reste à un niveau élevé pendant environ deux mois après les chaleurs, avant de diminuer progressivement. (Chez une chienne gestante, le taux de progestérone reste élevé jusqu’à la veille de la mise-bas).

 

Dérèglement du fonctionnement ovarien ?

Il est difficile de comprendre pourquoi certaines chiennes présentent des grossesses nerveuses et pas d’autres, même s’il y a forcément un lien avec l’exposition à la progestérone. Il est probable que la pseudogestation a plus de chances de se produire lorsque le corps jaune ne dégénère pas aussi vite qu’il le devrait.

 

Quelles sont les chiennes qui font le plus de grossesses nerveuse ?

Les gestations et les lactations nerveuses sont plus souvent observées chez des chiennes vivant seules chez leur maître que chez des chiennes vivant en chenil, au milieu d’autres animaux. Ce phénomène touche aussi plus certaines races que d’autres : les chiennes lévrier afghan, beagle, boxer et teckel sont souvent citées comme à risque.

La lactation nerveuse est un phénomène physiologique mais montrez quand même votre chienne à votre vétérinaire pour faire vérifier son état de santé, surtout si d’autres symptômes que la grossesses nerveuse sont présents. Des lactations anormales sont parfois favorisées par des maladies hormonales telles que l’hypothyroïdie, les tumeurs ovariennes ou hypophysaires… Il arrive même qu’une sécrétion de lait soit observée chez des chiens mâles, lorsqu’ils sont atteints par des tumeurs testiculaires.

Les grossesses nerveuses sont-elles dangereuses pour la santé de ma chienne ?

Sans traitement, la lactation peut continuer plusieurs mois (ce qui est parfois difficile à supporter pour le propriétaire !) et surtout, la chienne risque de récidiver après chaque période de chaleur. La répétition de ces événements peut être dangereuse pour sa santé.

 

Risque d’infection des mamelles (mammite)

Pendant leur montée de lait, les chiennes ont tendance à se lécher beaucoup : le léchage chronique entraîne une irritation des mamelles et facilite le développement d’une infection locale.

 

Risque de tumeurs mammaires

Les chiennes ayant présenté des lactations de pseudogestation courent plus de risques de développer des tumeurs mammaires que les chiennes chez qui aucun comportement de ce type n’a été détecté. Le risque est d’autant plus élevé que les lactations nerveuses ont été fréquentes et que les chiennes sont âgées. Le pourcentage de tumeurs malignes est également plus élevé chez les chiennes prédisposées aux lactations nerveuses que chez les autres.

Comment stopper une grossesse nerveuse chez ma chienne ?

Un traitement est fortement recommandé, surtout si la grossesse nerveuse dure depuis plus de 4 semaines ou si la chienne présente des comportements potentiellement dangereux. La lactation nerveuse prend en effet parfois des proportions inquiétantes chez les chiennes particulièrement anxieuses.

Plusieurs actions peuvent être menées de front pour diminuer l’intensité des symptômes et obtenir le tarissement progressif de la chienne. Le traitement dépendra de la durée et de la gravité des signes cliniques et comportementaux observés. Comme dans tous les troubles du comportement, les réactions individuelles de la chienne sont aussi importantes à prendre en compte. Votre vétérinaire est évidemment le mieux placé pour choisir les mesures les plus adaptées parmi les possibilités énumérées ci-dessous.

 

Traiter le problème à la base

Plusieurs médicaments peuvent diminuer la production de lait de la chienne mais le plus souvent prescrit est la cabergoline. C’est une molécule qui provoque peu d’effets secondaires chez la chienne. La cabergoline est un inhibiteur de la sécrétion de prolactine, l’hormone qui entretient la lactation, qu’elle soit nerveuse ou destinée à nourrir les chiots.

Le traitement à la cabergoline est en général prescrit pendant 4 à 6 jours mais il n’est pas rare qu’il doive être réitéré pour supprimer les troubles du comportement (en particulier l’agressivité) et la production de lait.

Désengorger les mamelles

Pour prévenir le risque de mammite quand les mamelles sont très gonflées, vous pouvez appliquer des emplâtres ou des pommades drainantes pour faciliter leur désengorgement. Attention toutefois à ne pas masser sinon vous stimulerez la sécrétion de lait !

Si la lactation est vraiment très forte, ou lorsqu’il y a un œdème des mamelles, le vétérinaire pourra prescrire un traitement diurétique pendant quelques jours. Certaines préparations à base d’extraits de plantes ont un effet diurétique : orthosiphon, artichaut, lespedeza capitata, etc.

« Distraire » la chienne !

Essayez de « distraire » votre chienne de son obsession de maternage en confisquant les objets auxquels la chienne a tendance à s’attacher et en la sortant le plus fréquemment possible. L’augmentation de son niveau d’exercice quotidien est une mesure très bénéfique.

 

Ce qu’il ne faut pas faire !

Il est classiquement recommandé de mettre la chienne à la diète pendant 24 à 48 heures, en limitant l’abreuvement, pour obtenir le tarissement. Outre le fait que la privation d’eau est très dangereuse pour la santé de la chienne, ce type de stress est rarement efficace.

De même, faire porter une collerette à la chienne pour l’empêcher de se lécher les mamelles risque de la stresser considérablement, sans améliorer la situation.

Enfin, ne donnez surtout pas de traitement hormonal contraceptif : l’administration d’œstrogènes et de progestérone pour traiter une lactation de pseudo-gestation augmente le risque de tumeurs mammaires, car ces hormones modifient la physiologie et la structure des glandes mammaires ; elles favorisent aussi les infections utérines.

 

Comment empêcher la répétition des grossesses nerveuses chez ma chienne ?

La mesure de prévention la plus efficace est la stérilisation par ovariectomie. Pour les chiennes qui ne sont pas destinées à reproduire, c’est le meilleur moyen d’empêcher les récidives fréquentes de grossesses nerveuses. Elle peut être conseillée aux propriétaires qui souhaitent supprimer le phénomène récurrent de lactation nerveuse chez leur chienne.

FAQ

Pourquoi les chiennes qui font des lactations nerveuses sont-elles plus sujettes aux tumeurs mammaires ?

La prédisposition aux tumeurs mammaires chez les chiennes ayant présenté une lactation nerveuse pourrait s’expliquer par la distension chronique des mamelles où s’accumulent les produits de dégradation du lait stagnant. Ces substances pourraient exercer un effet cancérogène quand elles sont en contact prolongé avec le tissu mammaire interne. Cet effet n’est pas observé lors de lactation normale, car les chiots qui tètent régulièrement empêchent le lait de s’accumuler.

Faut-il stériliser la chienne pendant ou après sa grossesse nerveuse ?

La chienne sera traitée médicalement pendant sa grossesse nerveuse et le vétérinaire attendra que la lactation soit stoppée pour intervenir chirurgicalement. Sinon, les modifications hormonales induites par une stérilisation faite au mauvais moment risquent de favoriser les grossesses nerveuses ultérieures, même si la chienne est stérilisée !

Une montée de lait se produit-elle toujours lors de grossesses nerveuse ?

Elle se produit dans environ 90 % des cas mais parfois, les signes comportementaux sont les seuls à apparaître.

Y a t-il des remèdes homéopathiques conseillés pour traiter les grossesses nerveuses d’une chienne ?

Les deux remèdes homéopathiques les plus indiqués dans cette indication sont Thuja occidentalis et Urtica urens dont l’efficacité clinique a été montré dans certaines études*. (Pour les posologies et le rythme d’administration, se référer à des spécialistes de l’homéopathie.)

 

*Semblat C., « Médecines alternatives appliquées à la reproduction », thèse d’exercice vétérinaire, Vetagro Sup Lyon, 2011.