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Les abcès cutanés chez le chien

Chien - 16/10/2021

Sur chaque cm2 de la peau d’un chien, vivent au moins 1000 bactéries, voire beaucoup plus dans les zones humides comme les babines et les espaces entre les doigts. Inoffensives en surface, elles peuvent devenir dangereuses en cas de blessure cutanée. Dès qu’une brèche apparaît dans la peau, ces bactéries sont en effet susceptibles de pénétrer dans les tissus et de se multiplier, créant une infection.

 

Selon l’importance de la plaie et le niveau d’immunité du chien, le risque d’infection sera plus ou moins élevé. Une infection bénigne chez un chien en bonne santé ne fera que retarder la cicatrisation cutanée mais elle peut aussi entraîner des lésions graves si les germes sont dangereux ou si la plaie est profonde. Pensez à toujours désinfecter une plaie dès qu’elle apparaît !

Conditions de formation d’un abcès

 

Lorsqu’une plaie a été contaminée par des bactéries, une réaction immunitaire se développe localement et la plaie se met à suppurer. Le pus est constitué de débris cellulaires, de bactéries mortes, de tissus liquéfiés par les enzymes et les toxines bactériennes, et d’un exsudat inflammatoire.

Lorsque la plaie est superficielle ou largement ouverte, le pus s’écoule à l’extérieur. Sans traitement adéquat, la suppuration peut parfois durer longtemps et les tissus autour de la plaie sont abîmés par des lésions envahissantes.

Si la plaie est « fermée », du type de celles qui font suite à une morsure, une griffure ou une piqûre, les germes se multiplient en profondeur et le pus ne peut être évacué à l’extérieur. Il va alors s’accumuler au sein d’une cavité qui se crée au sein des tissus ; c’est un abcès.

 Évolution d’un abcès

Les abcès qui accompagnent des plaies sont en général des abcès chauds, superficiels, qui se situent sous le tégument. Ils évoluent en trois phases.

Inflammation aiguë

Les bactéries contaminantes produisent des enzymes et des toxines responsables d’une inflammation aigüe, dont les symptômes sont classiques : sur la peau, apparaît une tuméfaction circulaire, douloureuse, rouge et chaude. Une zone d’œdème entoure la lésion.

Phase de suppuration

L’organisme tente de limiter l’évolution de l’infection en formant une coque fibreuse autour de la cavité contenant le pus. La lésion est ainsi limitée et les tissus sains sont protégés. De l’extérieur, la lésion crée une induration locale.

Phase de maturation

Les abcès superficiels finissent généralement par s’ouvrir : la paroi de l’abcès s’amincit puis finit par se rompre et le pus s’écoule alors à l’extérieur. Si les bactéries ont été éliminées par le système immunitaire et qu’il n’y pas de corps étranger, l’inflammation s’arrête et la cavité sera progressivement comblée par du tissu conjonctif.

Les complications des abcès

Lorsque la plaie est minime, que les germes inoculés ne sont pas trop « méchants » et que le chien est en bonne santé, le système immunitaire est généralement capable d’éliminer les bactéries indésirables et de conduire l’organisme vers la guérison de l’abcès. Une infection cutanée peut cependant provoquer de la fièvre, montrant que l’organisme mobilise toutes ses ressources pour lutter contre les germes envahisseurs.

Lorsqu’ils sont profonds et durables, les abcès peuvent aussi aboutir à la formation de fistules. Des passages se creusent entre l’abcès et les tissus locaux, favorisant la contamination à distance d’autres organes. Les conséquences peuvent alors être graves. Le stade ultime est la septicémie, qui traduit une infection généralisée à l’ensemble de l’organisme.

Les épillets, cause majeure d’abcès

La présence d’un corps étranger dans la peau est un facteur favorisant les abcès chez le chien et ce sont les épillets qui sont le plus souvent en cause, surtout entre juin et septembre, lorsque ces minuscules éléments végétaux s’échappent des épis de graminées arrivés à maturité. Les chiens à poil long ou laineux (bobtail, briard, caniches, cockers, épagneuls …) sont les plus prédisposées à attraper des épillets.

Dangerosité des épillets

Une fois qu’un épillet est fixé sur le pelage dans une zone où les frottements et les pressions sont importantes, il peut perforer la peau car il est rigide et possède une forme pointue. De plus, une fois à l’intérieur, sa structure en chevron fait qu’il ne recule jamais.

Le caractère invasif et très mobile des épillets les rend dangereux. Comme leur entrée passe le plus souvent inaperçue, il faudra parfois longtemps au vétérinaire pour trouver la cause d’une inflammation chronique et récidivante.

Extraction des épillets

Brossez et peignez votre chien au retour des promenades pour le débarrasser des épillets qui pourraient être accrochés à son pelage. Passez aussi les doigts sur son corps pour repérer ceux qui seraient déjà fixés sur la peau. Si vous en trouvez un, retirez-le en le prenant par la pointe avec une pince à épiler pour éviter qu’il ne se casse et que des éléments subsistent dans la peau.

Si vous n’arrivez pas à retirer vous-même un épillet, emmenez aussitôt votre chien chez le vétérinaire. Si vous attendez trop, l’épillet aura avancé plus loin et l’extraction sera plus compliquée, exigeant une intervention chirurgicale.

Les lieux classiques de formation d’un abcès chez le chien

Un abcès peut théoriquement se former n’importe où mais chez le chien, on les retrouve souvent entre les doigts, dans la région anogénitale et au niveau des dents.

Les abcès interdigités

Il est classique qu’un épillet s’infiltre entre les doigts d’un chien. Si votre chien se lèche l’extrémité d’un membre et que vous voyez du pus sourdre à ce niveau, emmenez-le rapidement chez le vétérinaire. Sans soin, l’infection risque sinon de s’étendre à l’ensemble du pied voire de gagner les gaines tendineuses

Pensez à couper régulièrement les poils entre les coussinets des pattes ; ce geste simple limite le risque de pénétration d’un corps étranger entre les doigts.

Les abcès de la zone anogénitale

Chez un chien mâle, un épillet fixé sous le ventre peut parfois pénétrer à l’intérieur du fourreau. A cause de l’inflammation, le chien a alors mal lorsqu’il urine et un écoulement purulent est parfois visible à la sortie du fourreau. Le même type de problème survient chez la femelle lorsqu’un épillet se fixe aux poils entourant la vulve et continue sa progression dans les voies génitales.

 

Un corps étranger peut également pénétrer dans les sacs anaux (ou « glandes anales ») situés de part et d’autre de l’anus. Si votre chien fait « le signe du traîneau » (en se frottant le postérieur contre le sol en position assise), cela peut être le signe qu’un épillet s’est s’introduit à ce niveau.

Même en l’absence d’un corps étranger, il arrive qu’une infection se développe dans les sacs anaux et qu’un abcès se forme si leur contenu ne peut pas s’évacuer à l’extérieur. En regard du sac anal atteint, on distingue parfois un gonflement local, dont la palpation est très douloureuse pour le chien. Pour les chiens prédisposés aux infections des glandes anales, mieux vaut demander à son vétérinaire de réaliser une vidange des sacs anaux deux à trois fois par an.

Les abcès dentaires

Chez les chiens dont les dents sont en mauvais état, il arrive que des épillets viennent se loger dans les poches qui se sont creusées dans les gencives, sous la couronne dentaire. L’épillet peut alors migrer dans les canaux des glandes salivaires, occasionnant la formation d’un abcès. Le chien perd l’appétit et une tuméfaction importante peut apparaître au niveau des molaires du chien.

Des infections et des abcès dentaires peuvent aussi se développer après une fracture dentaire. Chez le chien, la fracture concerne en général les carnassières (les plus grosses des molaires) ou les canines (chez les chiens de travail). Un traitement est nécessaire pour contrôler l’infection.

Prévention de la formation d’un abcès

Outre le fait qu’il faut veiller à retirer tous les corps étrangers susceptibles de pénétrer dans la peau, nettoyez et désinfectez toujours les blessures que vous observez sur votre chien, même si elles vous paraissent minimes. Un abcès peut être la conséquence d’une infection.

Désinfectez le plus rapidement possible

Après un traumatisme cutané, il faut environ six heures aux bactéries pour « préparer le terrain » à l’infection. Ensuite, elles se multiplient très vite.

Si la désinfection a lieu 12 heures après le traumatisme, le risque infectieux est plus important car les bactéries ont eu le temps de se disséminer dans les tissus voisins de la plaie. Dans une plaie infectée, on peut compter plus d’un million de bactéries par gramme de tissu !

Nettoyez avant de désinfecter

L’efficacité des désinfectants est diminuée par les débris organiques qui souillent la plaie. L’étape de désinfection proprement dite doit donc être précédée d’un nettoyage soigneux.

Coupez d’abord les poils autour de la plaie pour bien dégager la zone à soigner. Vous pouvez même tondre légèrement en périphérie de la lésion pour faciliter l’accès à la plaie.

Éliminez les salissures avec de l’eau ou du sérum physiologique. L’eau oxygénée peut être utile pour décoller les poils souillés par le sang mais elle est irritante : ne l’appliquez pas directement sur la plaie.

Choisissez le bon désinfectant

Les produits antiseptiques visent à éliminer les bactéries présentes en surface de la peau. Ils ne « stérilisent » pas la plaie mais ils réduisent fortement le nombre de bactéries présentes et empêchent ainsi l’infection.

La chlorhexidine en priorité

N’utilisez pas l’alcool pour désinfecter une plaie car il est toxique pour les tissus.

La chlorhexidine fait partie des antiseptiques les plus utilisés en médecine vétérinaire car elle agit sur de très nombreux types de bactéries, plus longtemps que la plupart des antiseptiques : une seule application fait effet pendant plus de 6 heures. La chlorhexidine présente une grande sécurité d’emploi et n’empêche pas la cicatrisation.

Les solutions de chlorhexidine vendues pour le chien sont en général diluées de 0,02 à 0,05 %. Une concentration faible permet en effet d’appliquer le produit antiseptique directement sur la plaie sans risque d’effets secondaires.

Suivant la gravité et la localisation de la plaie, désinfectez deux à quatre fois par jour, jusqu’à ce que la cicatrisation démarre.

Autres désinfectants

La povidone iodée à 1 % est également un bon désinfectant mais sa durée d’action ne dépasse pas 4 à 6 heures. De plus, ce produit assèche la peau et peut parfois retarder la cicatrisation. C’est également le cas pour la solution de Dakin (hypochlorite de sodium), à cause de son caractère irritant.

Des solutions à usage vétérinaire sont également commercialisées, qui associent plusieurs produits.

Votre vétérinaire pourra vous conseiller utilement sur le choix des produits à avoir en permanence dans votre pharmacie ou à emporter en voyage.

FAQ

Quelles sont les bactéries qui sont le plus souvent à l’origine des abcès chez le chien ?

Les bactéries le plus souvent responsables d’infections des plaies sont des staphylocoques, des streptocoques des Clostridium, des Pseudomonas et des Corynebacterium. Ces bactéries existent dans la flore buccale et dans l’environnement.

Faut-il donner un antibiotique à un chien qui présente un abcès ?

Tout dépend de la taille et de la localisation de l’abcès. Lorsqu’une plaie est très profonde, l’antiseptique ne peut pas atteindre les bactéries qui ont été inoculées. De même, lorsqu’une d’infection suppurée évolue depuis longtemps, les antiseptiques ne suffisent généralement pas à la contrôler. C’est le vétérinaire qui est le mieux placé pour décider si un traitement antibiotique est nécessaire pour limiter l’extension de l’infection.

Qu’est-ce qu’un abcès froid ?

Un abcès devient froid lorsque l’inflammation diminue à l’intérieur mais que l’abcès ne « perce » pas. Le pus se densifie et l’abcès devient alors une masse fibreuse.

Pourquoi le pus est-il souvent rose chez un chien ?

Chez le chien, le pus a souvent une couleur rosée à cause de la présence de germes dits « hémolytiques » (des staphylocoques et des streptocoques), qui détruisent les globules rouges.

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