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La dermatite atopique, une maladie allergique fréquente chez le chien

Chien - 09/12/2022

10 à 15 % des chiens sont concernés par la dermatite atopique, avec des prédispositions raciales évidentes. La dermatite atopique fait partie des maladies allergiques et provoque des démangeaisons très pénibles pour le chien.

 

La dermatite atopique canine (DAC) résulte de la combinaison de facteurs génétiques et d’une réaction immunitaire anormale face à des éléments extérieurs, comme des acariens ou des pollens. Les chiens atteints produisent des anticorps (des immunoglobulines E) dirigés contre des allergènes de l’environnement.

Le chien se gratte et la peau est rouge

En général, les premiers signes de DAC apparaissent dès l’âge de 6 à 12 mois. Un chien atopique se gratte beaucoup et la peau devient rouge à cause de l’inflammation.

Des signes anatomiques caractéristiques

Classiquement, les lésions de DAC apparaissent surtout sur les extrémités des membres (entre les doigts et sous les coussinets plantaires), sur le ventre et sur la face, soit les zones du corps qui sont le plus exposées aux allergènes potentiellement présents dans l’environnement. De plus, au niveau des espaces interdigités, il existe une forte densité de mastocytes, des cellules immunitaires chargées en histamine, une molécule impliquée dans les réactions allergiques.

Une otite externe, liée à l’inflammation du conduit auditif, est associée aux symptômes cutanés dans presque un cas sur deux.

La maladie évolue par crises

Pendant les phases de prurit aigu (quand les démangeaisons sont importantes), le chien atopique se gratte tellement que sa peau s’épaissit et finit par présenter des plaies parfois très profondes. Des croûtes apparaissent, les poils tombent, contribuant à exposer encore plus la peau aux agressions extérieures. Un cercle vicieux s’installe alors…

Il est indispensable de faire un diagnostic de DAC le plus tôt possible, avant l’hypersensibilisation du système immunitaire, et d’arriver à contrôler le prurit pour éviter que les lésions cutanées ne s’aggravent, rendant le traitement encore plus difficile.

Les facteurs de risque de dermatite atopique

La DAC est une maladie héréditaire : il existe des lignées de chiens atopiques au sein des races prédisposées à cette maladie. En revanche, la maladie n’est pas contagieuse.

Les races prédisposées à la dermatite atopique

Les races canines sensibles à l’atopie sont nombreuses mais le west highland white terrier (ou westie), le bull terrier, le boxer, les bouledogues anglais et français sont très souvent atteints. Il semble aussi que le risque de DAC est plus important quand au moins 50 % du pelage est blanc, même si aucune explication n’a été fournie à ce sujet.

Le beagle, le labrador et le golden retrievers, le berger allemand et le cocker sont également des races à risque de dermatite atopique.

La race du chien semble aussi influencer la répartition des lésions : ainsi l’otite externe est systématique chez le beagle et le bouledogue français, l’atteinte de la face est très fréquente chez le boxer et le bouledogue français. Une otite et des lésions de l’abdomen sont presque toujours rencontrées simultanément chez le berger allemand.

Une barrière cutanée peu efficace

La DAC est une maladie inflammatoire complexe, d’origine multifactorielle, mais elle apparaît chez des chiens dont la peau des chiens est particulièrement sensible. À cause d’une déficience en lipides constituant l’épiderme, la barrière cutanée ne remplit pas son rôle protecteur : la peau se déshydrate rapidement et réagit très mal aux agressions de l’environnement.

Les allergènes et les agents pathogènes (bactéries et levures) pénètrent alors facilement dans l’épiderme, le système immunitaire est anormalement stimulé, ce qui entraîne le déclenchement d’une inflammation et de démangeaisons intenses chez le chien.

Prévenir les crises chez les chiens sensibles

La DAC est une maladie incurable et très pénible pour le chien comme pour son maître. Lorsqu’un chien est prédisposé à cette maladie, il est important d’essayer de limiter la fréquence et l’intensité des poussées allergiques.

Limiter les stimulations allergéniques

La prévention passe d’abord par l’évitement de tout ce qui peut irriter la peau du chien, et en priorité les parasites externes : le chien doit être protégé toute l’année contre les puces et les tiques, sans oublier les insectes volants (moustiques et phlébotomes) en été. Les acariens de la poussière de maison sont parfois un facteur aggravant de la DAC : aspirez votre intérieur régulièrement !

Il est difficile d’empêcher un chien atopique d’être au contact des pollens au printemps mais vous pouvez limiter l’effet de ces substances allergisantes en lavant le chien régulièrement pendant les périodes à risque ; utilisez un shampoing destiné à calmer les irritations cutanées (demandez conseil à votre vétérinaire). Les tissus qui entrent en contact avec le chien (housses de coussins, paniers…) seront aussi régulièrement nettoyés, avec une lessive hypoallergénique.

Donner une alimentation hypoallergénique

Des allergies alimentaires ne seraient présentes que chez environ 10 % des chiens atopiques mais la mise en place d’un régime hypoallergénique est systématiquement conseillée pour les chiens victimes de cette maladie.

Il est en effet probable que l’effet des allergènes environnementaux et alimentaires s’additionnent, créant un effet de seuil : au-delà d’un certain niveau de stimulation, des réactions allergiques apparaissent. Une alimentation contenant le moins de substances allergisantes possible est donc très utile pour limiter l’expression de l’atopie. Même si l’allergie alimentaire n’est pas avérée, un aliment hypoallergénique à base de protéines hydrolysées ou ne contenant que des protéines n’ayant jamais été consommées par le chien permet souvent de diminuer la fréquence d’apparition et l’intensité du prurit.

Traitement des poussées de DAC

La DAC est une affection difficile à soigner mais les symptômes peuvent être contrôlés en utilisant simultanément plusieurs modes de traitement.

Traitement local

Des soins locaux permettent d’améliorer l’état de la peau des chiens atopiques : le vétérinaire recommandera donc l’utilisation régulière de lotions pour lutter contre la déshydratation et les irritations cutanées, ainsi que le traitement rapide de toute lésion cutanée pouvant apparaître suite au grattage.

Des produits à base de glycosaminoglycanes (GAG), en particulier d’acide hyaluronique ou de sphingomyéline, un précurseur des céramides cutanés, s’avèrent parfois efficaces pour améliorer l’état de la peau du chien atopique.

Traitement général

Si le prurit est difficile à contrôler, le vétérinaire prescrira un traitement antiprugineux par voie générale, le plus souvent à base de médicaments anti-inflammatoires de la famille des corticoïdes. Dans les cas les plus grave, un traitement immunosuppresseur sera nécessaire.

L’utilisation répétée ou prolongée de médicaments anti-inflammatoires peut cependant favoriser le développement d’infections cutanées ainsi que d’autres effets secondaires. D’autres voies thérapeutiques sont donc explorées, qui pourraient permettre d’améliorer le confort de vie des chiens malades et de s’affranchir de la corticothérapie.

Rôle très important de l’alimentation

Outre l’intérêt de réduire les stimulations allergisantes, l’alimentation peut agir à plusieurs niveaux pour aider à contrôler les symptômes chez un chien atopique.

Renforcer la barrière cutanée

La composition lipidique de l’épiderme d’un chien atopique présente des anomalies. Apportés en quantités importantes dans l’alimentation, les acides gras oméga 6 aident à la restauration de la barrière cutanée en s’incorporant dans les membranes cellulaires et en améliorant leur fluidité.

Chez les chiens atopiques, les plaies de grattage ont souvent tendance à s’infecter et les défenses immunitaires locales seront donc stimulées par l’ajout d’antioxydants dans l’alimentation. Ce type de supplémentation est associé à une diminution du grattage, du léchage et des signes d’inflammation cutanée. Les principaux antioxydants utilisés en alimentation canine sont les vitamines E et C, ainsi que les polyphénols.

Calmer les inflammations

Les acides gras à longue chaîne de la famille des oméga 3 (DHA et EPA) entraînent une diminution de la production des médiateurs de l’inflammation, « désamorçant » ainsi des réactions excessives du système immunitaire. Les huiles de poisson sont des sources alimentaires réputées pour leur richesse en oméga 3. L’huile de bourrache est également intéressante.

Afin de limiter le prurit et lutter contre les irritations cutanées chroniques, le rapport entre acides gras oméga 6 et oméga 3 doit être le plus faible possible, pour maximiser l’effet anti-inflammatoire des oméga 3.

Favoriser la cicatrisation

Une teneur élevée en protéines de haute qualité est indispensable pour favoriser le métabolisme cutané et stimuler la pousse du poil pour compenser les pertes liées au grattage. Un déficit en protéines risque de nuire au renouvellement des fibroblastes, les cellules principales du tissu conjonctif. Les fibroblastes jouent un rôle important dans les processus de réparation tissulaire lors de DAC.

La vitamine A, les vitamines du groupe B (comme la biotine) et le zinc sont également des éléments indispensables à l’intégrité de l’épiderme. Lorsque la peau est chroniquement irritée, le besoin en tous ces nutriments augmente car la cicatrisation cutanée en consomme beaucoup.

Équilibrer la flore intestinale

L’environnement microbien dans le tube digestif (le microbiote intestinal) est impliqué dans l’apparition de nombreuses maladies inflammatoires chroniques. Par exemple, si la flore digestive est altérée, le risque de développement des allergies augmente.

Une voie de recherche suscite donc actuellement beaucoup d’espoirs pour réduire les signes cliniques de DAC : la modulation de la composition du microbiote digestif, grâce à l’apport de bactéries bénéfiques pour la flore intestinale (des probiotiques) dans l’alimentation. Des essais menés chez l’homme ont donné des résultats encourageants. La dermatite atopique humaine, également appelée eczéma atopique, possède en effet de grandes similitudes avec la dermatite atopique du chien.

Dans le cadre de la DAC, des effets positifs ont déjà été obtenus en administrant des probiotiques à des chiennes sensibles à cette maladie, pendant la gestation et la lactation, ainsi qu’aux chiots âgés de 3 semaines à 6 mois. Le niveau de prurit et l’irritation cutanée diminuent chez les chiens traités par rapport à des chiens témoins.

La composition d’un l’aliment influence directement la santé de la peau et le renouvellement de sa couche supérieure, l’épiderme. Pour être sûr de bien équilibrer l’alimentation d’un chien atopique, il est préférable de demander conseil au vétérinaire. Des changements nutritionnels peuvent d’ailleurs permettre d’améliorer l’état de la peau au point de pouvoir diminuer les doses de médicaments anti-inflammatoires chez les chiens atopiques nécessitant un traitement au long cours.

 

La vigilance sera toujours de mise avec un chien sensible mais la distribution d’un aliment dédié à ce type de troubles permettra de limiter l’occurrence et l’intensité des démangeaisons chez le chien.

FAQ

Quels sont les liens entre l’eczéma atopique chez l’homme et la dermatite atopique du chien ?

Ces affections sont très similaires et de nombreuses recherches sont conduites en médecine vétérinaire canine pour confirmer des facteurs de risques bien connus chez l’homme, qu’il s’agisse de facteurs alimentaires, des déséquilibres de la flore digestive, de l’administration d’antibiotiques ou de l’environnement. Les études épidémiologiques faites chez l’homme et le chien montrent par exemple que la prévalence de la DAC est bien plus élevée en milieu urbain qu’en milieu rural.

Pourquoi la dermatite atopique est-elle de plus en plus fréquente ?

 La prévalence de la dermatite atopique humaine a presque triplé depuis 30 ans dans les pays industrialisés et elle augmente également chez le chien. Outre les facteurs de pollution environnementale, il existe une « théorie hygiéniste » pour tenter d’expliquer ce phénomène : l’intensification des mesures d’hygiène est soupçonnée de favoriser le développement des allergies en général et de la DAC en particulier. Une exposition insuffisante au microbisme « naturel » augmenterait le risque atopique. Chez l’homme, le risque d’eczéma atopique est par exemple plus faible chez les enfants qui vivent avec un chien ou un chat.

De nouveaux traitements de la DAC sont-ils à l’étude ?

L’atopie est une maladie qui fait l’objet de beaucoup de recherches médicales, à la fois en médecine vétérinaire et en médecine humaine. De nouveaux traitements sont donc en plein développement chez les chiens souffrant de DAC. La dermatologie s’appuie par exemple de plus en plus sur l’utilisation d’anticorps monoclonaux, qui permettent de bloquer l’action des médiateurs responsables de l’inflammation. Dans le cas de la DAC, il existe désormais un médicament administrable au chien par voie sous-cutanée, dont l’effet dure au moins un mois.

Des études sont également en cours à propos de l’intérêt de l’injection de cellules souches pour stimuler les défenses naturelles de la peau.

Pour en  savoir plus, découvrez ces 2 vidéos :